mercredi 24 août 2011

Et si vous visitiez Saint-Seine-l’Abbaye : sur les traces de la déesse Séquana


Très tôt, dès le VIIe siècle, le village de Saint-Seine a commencé à se construire autour de l’abbaye. Il fait beau fréquenter cette partie de la Côte-d’Or pour se souvenir à quel point les abbayes en ont modelé la vie économique et sociale. Plus au nord, Fontenay ou le Val des Choues en portent encore témoignage. A ce titre l’abbatiale de Saint-Seine, contemporaine de Notre Dame de Dijon, mérite plus qu’une simple visite de courtoisie : elle compte parmi les plus belles églises de Bourgogne !



A un saut de puce - dix kilomètres de Saint-Seine - les sources de la Seine composent un habile mélange de mystère et de recueillement. Elles sont situées dans un charmant vallon, au détour d’une imposante masse forestière, comme au sortir de l’ombre du Val-Suzon. Autant l’avouer, ces sources ne sont pas fréquentées à la hauteur de la curiosité qu’elles méritent.

Pourtant, quoi de plus mystérieux que ce culte à la déesse Séquana qu’elles ont abrité dès l’Antiquité. Entre le IIe et le IIIe siècle, les sources de la Seine étaient même le théâtre d’un pèlerinage intense. On venait parfois de très loin pour boire cette eau censée guérir bien des maladies. Des fouilles archéologiques ont porté témoignage de ce culte étonnant : plusieurs centaines d’ex-voto en bois, pierre ou en bronze ont été trouvés sur place.
De l’antiquité, autorisons-nous un nouveau saut… de quelques siècles cette fois. Chacun pourra éprouver un brin de nostalgie en visitant l’école-musée de Champagny. La salle de classe qu’elle abrite date de 1856 ! Elle n’a pas bougé depuis. Les tables et les bancs semblent toujours prêts à accueillir des élèves tandis que trône, magistral, un poêle, à côté du pupitre du maître. En fermant les yeux, les odeurs de poussière de craie se mêlant à celle du bois imprégné de cire, on pourrait presque se surprendre à imaginer la visite improvisée du Grand Meaulnes.

Ménage à quatre de Manuel Vasquez Montalban


J’ai terminé hier la lecture de Ménage à quatre, un très court roman d’à peine quatre-vingt-dix pages, de Montalban. Je préfère le titre original espagnol, Cuarteto, plus conforme à l’atmosphère raffinée qui le traverse.

On catalogue un peu avec facilité Montalban parmi les auteurs de romans policiers. Ce récit aura tendance à démontrer le contraire, bien qu’il soit difficile de réduire Montalban à cette unique dimension. Le style est recherché sans jamais tomber dans la lourdeur. Une qualité rare chez les auteurs de romans noirs. Evidemment, que l’on ne me fasse pas dire qu’un roman policier est obligatoirement mal écrit ou doté d’un style à l’emporte-pièce. Ce serait réducteur. Mais force est de constater que c’est rarement leur force première.

Or aucune facilité de style chez Montalban, au contraire. De toute manière, un style pauvre et lapidaire n’aurait pas été capable de retranscrire la complexité psychologique des entrelacs des passions humaines de ce cuarteto.

Carlota, Luis, Pepa et Modolell sont deux couples formant à eux quatre un groupe d’amis comme il en existe tant, partageant tout ou presque, à commencer par leurs soirées et leurs vacances. Un groupe fusionnel auquel se mêle sans trop de problèmes Vento, de dix ans leur aîné.

Ce quatuor devenu quintette oscille entre confusion des sentiments, un goût certain pour l’art et une manière de vivre où le raffinement se dispute la préciosité.
La mort de Carlotta est le signe avant-coureur des dislocations qui vont peu à peu fracturer le groupe. Carlotta assassinée et dont le corps retrouvé dans un étang n’en finit pas de renvoyer les échos des harmonies oubliées du groupe.

Lentement, sous le verni convenu de ces amitiés trop belles pour être sincères, les personnalités se dévoilent, les secrets et les rancoeurs affleurent. Le groupe, au départ symbole d’une certaine liberté de vivre et d’ouverture au monde, se révèle être un carcan pesant dont personne ne sortira indemne.

Comble du bonheur, ce Ménage à quatre coûte seulement 4,50 € au Points Seuil. 

mercredi 17 août 2011

Les Monades urbaines de Silverberg, encore lisible quarante ans plus tard ?


La littérature de science-fiction des années 70 est parfois frappée d’obsolescence au bout de quelques décennies, en tout cas c'est mon opinion. C'est une question de style tout autant que de thématique abordée. Je viens de terminer Les monades urbaines de Robert Silverberg (1971 - titre original : The world inside), la question de la surpopulation est le thème principal du roman, mais davantage encore il s'agit ici d'entamer une réflexion prospectiviste sur ce que serait le monde si jamais la croissance de la population devenait sans limites. Dans le roman de Silverberg la planète compte près de 75 milliards d'habitants, ce n'est pas rien ! Que devient une société en état de surpopulation avérée ? Elle s’organise au sein d’immenses tours regroupant jusqu’à 800 000 habitants : les monades. Pas d’autre solution a priori !

Il est intéressant de replacer le roman dans le bain des réflexions politiques de cette période, à commencer par celles instillées par le Club de Rome en 1968. Fondé par Aurelio Peccei, il met en avant, sans doute pour la première fois, des théories récemment reprises par les altermondialistes, à travers la question du surpeuplement. Sur ce plan, Les monades urbaines sont clairement un roman de leur époque. Trop peut-être ?

La science-fiction des années 70 est un peu comme nos tics vestimentaires de cette époque, souvent surchargés et dénués de subtilité. On me dira à juste titre que c’est justement l’apanage de la science-fiction d’être le moteur de la critique sociale, de chercher à engager des réflexions sur notre propre société. Tout cela est vrai. Mais cette science-fiction le fait parfois au prix d’un didactisme souvent lourd. A trop vouloir expliquer ses intentions, on s’éloigne alors du pur roman.

Le roman de Silverberg s’il ne tombe pas trop lourdement dans ces travers, flirte néanmoins avec eux.

Prenons le début du roman. Nous faisons connaissance avec Charles Mattern, son épouse Principessa et leurs quatre enfants. Une entrée classique dans tout roman de science-fiction qui consiste à nous faire découvrir un univers par le prisme de quelques personnes, ici une famille. Quelques pages plus tard, Mattern va accueillir Nicanor Gortman, un collègue scientifique venu passer quelques jours sur Terre, au sein de la Monade 116 (c’est là que va se dérouler une grande partie du roman). Et la lourdeur entre en scène ! Gortman, durant quelques pages, est en quelque sorte l’Usbek des Lettres Persanes qui découvre un monde qu’il ne connaît pas. Les dialogues entre Mattern et Gortman, les questions de ce dernier en particulier, vont permettre de divulguer les principes de vie qui gouvernent la Monade 116. Au bout d’un moment, avouons que le procédé laisse apparaître son côté artificiel. D’autant plus qu’à peine le dixième du roman avancé, Gortman disparaît d’un coup. Jamais il ne réapparaîtra dans le texte. Sa seule fonction dans le roman était de tenir le rôle d’un candide posant des questions permettant de porter à la connaissance du lecteur ce qu’autrement il aurait mis des dizaines de pages à comprendre de lui-même. On pourra me rétorquer à juste titre que les Monades Urbaines sont avant tout un regroupement de nouvelles. Certes, mais l’ensemble laisse apparaître une incohérence gênante.

Dans ce premier chapitre (ou première nouvelle) on a la désagréable sensation que le lecteur est considéré par Silverberg pour un esprit primaire qui serait incapable de lire entre les lignes, incapable de comprendre en filigrane les processus sociologiques de l’univers dans lequel il a planté sa trame narrative si on ne lui expose pas directement et de manière appuyée ces mécanismes.

Que l’on se rassure, Silverberg n’a pas construit la totalité de son roman de cette manière, mais ici ou là il ne peut pas s’empêcher de glisser des commentaires trop chargés de didactisme. Silverberg ne peut pas s’empêcher de démontrer. Nous aurions pu rêver d’un roman débarrassé de l’ensemble de ces scories, il aurait été autrement en puissance. L’auteur aurait ainsi laissé une liberté au lecteur pour deviner.

Le roman possède néanmoins de nombreuses qualités. S’il emprunte la thématique d’une démographie galopante et non contrôlée, ce n’est pas pour la dénoncer, Silverberg n’est pas en train de nous asséner des leçons de morale sur la nécessité de contrôler les naissances. Il observe comment la société pourrait s’organiser pour que les individus parviennent à surmonter la promiscuité rendue nécessaire au sein des fameuses monades. La disparition de l’intime en est la principale manifestation. Dans une Monade, chacun entre chez qui il veut à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Mais plus encore, c’est le principe de l’intimité sexuelle qui disparait entièrement. Chaque soir, les citoyens vont et viennent dans les centaines d’étages de la monade pour entrer dans un appartement et faire l’amour avec n’importe qui, par principe le refus de l’autre n’est pas toléré. Pourquoi cette liberté totale ? C’est un choix politique. On veut ainsi débarrasser la société et les individus de toute envie, de tout sentiment de jalousie, de tout conflit né d’adultères, pour ne prendre que cet exemple. Des conflits qui feraient littéralement exploser la société compte tenu des choix architecturaux nécessaires pour abriter les désormais 75 milliards d’habitants que compte la planète.

En cela le roman conserve une certaine originalité. Et lorsque nous nous interrogeons aujourd’hui sur la transparence souvent revendiquée au sein de nos sociétés modernes, sur le rétrécissement de la sphère privée, Silvergberg nous donne un début de piste de réflexion.

vendredi 5 août 2011

Les chutes de Joyce Carol Oates, version .2

Au cours d'une déambulation dans les rayons de la FNAC je suis tombé sur un présentoir sur lequel était rangé de jolis objets que j'ai pris dans un premier temps pour des cassettes audio… Sauf que les cassettes audio n'existent plus depuis longtemps !



Belle présentation pour nouveau type de livre dont j'avais déjà lu une présentation rapide dans un dernier Magazine Littéraire.

Le objets édités par .2 m'ont attiré. En les manipulant, impression agréable. Les livres, car il s'agit bien de livres, sont bien  imprimés sur un papier fin de type bible très agréable. Les feuillets sont cousus et non collés, c'est assez rare aujourd'hui pour un livre de ce format (il ne fait que le tiers d'un livre de poche classique).



En revanche la plupart des titres présentés ne m'ont pas spécialement emballés. On reste largement sur du réchauffé, même si les choix de l'éditeur sont assez qualitatifs.

Par curiosité je voulais tester l'impression de lecture : le mode d'impression au format paysage se veut plus pratique, à voir ! Mon choix s'est porté sur un Joyce Carol Oates que je ne connaissais pas : Les chutes.



13 euros quand même ! C'est incontestablement le point faible de cette collection. Pour info, on le trouve neuf en édition de poche à 4,60 euros (la première édition date d'il y a six ans).

J'en ai débuté la lecture hier soir… J'en rendrai compte ultérieurement, tant sur la forme, mais surtout sur le fond !